I
Le lieu de célébration
II
Le cochon
III
La cérémonie
Mais revenons à la table où se trouve son cadavre. Sa peau enfin propre, il est temps pour le démonstrateur principal de se saisir d’un couteau. Un murmure parcourt l’assistance. Le boucher (amateur ?) enfonce son ustensile tranchant dans le bas-ventre du cochon, pratique une grosse incision et... s'en tient là. L'opération suivante va consister en effet à le voir, lui et un de ses compagnons, fixer une pièce de bois munie d’un anneau entre les deux pattes postérieures du cochon. Une certaine excitation grandit autour de moi. Le moment est apparemment attendu. L’échelle qui a servi à transporter l'animal est posée contre la table. Il faut à nouveau la force de quatre hommes pour le replacer dessus puis pour dresser l’ensemble, le cadavre se présentant ainsi suspendu, la tête en bas. Le public pousse des exclamations. De timides applaudissements s’échappent de quelque part, mais ils ne sont pas repris.
Avec la matinée qui a avancé, la foule est devenue dense. Sous les mélodies d'antan, elle circule en rang serré dans le hall, faisant de longues queues aux étals de charcuterie et à la buvette. Je me demande alors si le spectacle donné sur l’estrade a été suivi par tout le monde... Je vais jeter un nouveau coup d'œil aux porcelets. Des enfants émerveillés se penchent par-dessus leur minuscule enclos pour les caresser. Ils ne répondent pas à ses assauts de tendresse, ils sont tous enfouis dans la chaleur de la paille. C’est peut-être la première et seule fois qu’ils la connaîtront… Je me dirige ensuite vers l’autre podium du hall. Une tombola bat son plein. « Pour qui le pâté ? » ; « Votre nom monsieur ? Monsieur … vous avez gagné un beau saucisson » ; « Je répète, numéro 57 ! Si personne ne se manifeste, les tripes seront remises en jeu ! » Quand la tombola prend fin, l’animateur annonce que le concours du cri de cochon commence
IV
Le cri de la truie qui...
*
Après cela, j’en ai assez et décide de partir. Je manque ainsi l’apparition du maire de Bourg-en-Bresse, Jean-François Debat (2). Voici du moins son opinion sur la polémique autour de la Saint Cochon telle qu’elle a été rapportée par Le Progrès :
« Nous avons ici une prise de position ultra-marginale qui incite à ne pas consommer de la viande. C’est pour moi une forme de sensiblerie urbaine d’une petite partie de la population qui refuse de voir la réalité. Je n’interdirai jamais une manifestation comme celle-ci. »
Pour ma part, ce que j’ai vu, ce n’est certes pas la réalité, sordide, de la production de la viande, toute autre du spectacle offert ce dimanche d’une époque révolue et sans doute idéalisée.
8 février 2011
(Crédit photo : Jean Ange)
(1) Petit florilège de son approche : « Le cochon est-il tué dans les règles de lard ? » ; « La sympathique affiche résume à elle seule ces quelques heures où on déambule en famille ou avec des amis... » ; « Mais que les âmes sensibles se rassurent, le sang ne coulera pas, l’animal ayant déjà avalé son extrait de naissance à l’abattoir avant son arrivée... »
(2) Cela pourrait inspirer encore des jeux de mots au Progrès.






